Feinte de corps

4 juillet 2021

Nous sommes rentrés dans cette coupe d’Europe des Nations, avec la meilleure attaque du monde, l’un des meilleurs milieux de terrain au monde et le défenseur français qui a remporté le plus de Ligue des champions.

Les débats sont âpres, le retour de Benzema agite la France entière des sénateurs aux agriculteurs, du 16ème à la Seine Saint Denis. Pour les uns, c’est un retour mérité, pour les autres, c’est un retour politique pour faire vivre le slogan « black-blanc-beur ».

L’arrivée de Benzema crée un effet de surprise puis un espoir de voir un football champagne digne du Brésil de Ronaldo, le vrai, de vivre un euro qui ferait de la France un pays surpuissant.

L’espoir, comme Hollande, qui promettait de combattre la finance, l’incrédulité nous emmène à ne pas voir ce qui est sous nos yeux.

Le premier match nous rappelle une triste réalité, un projet de jeu se construit au travers d’un projet qui s’inscrit dans un plan plus grand. De l’espoir commence à naître, puis le doute, les discussions sont enflammées. La banlieue supporter officiel de Benzema se met à douter, et l’espoir vacille pour laisser la place à la peur.

Le second match se présente et le plan de jeu s’étiole comme un glaçon au soleil. Le combat est rude, l’adversaire joue avec ses armes et surprend l’équipe de France, comme les gilets jaunes ont surpris notre président. Il faut s’ajuster, se mobiliser, car la défaite n’est pas permise, perdre maintenant se serait comme si nous reconnaissions de manière unanime les violences policières.

Comme les gilets jaunes l’équipe de France se cherche, elle tente de délivrer un message qui n’est pas compris. L’acharnement dans un système ou l’épanouissement n’est pas la règle, peut-il conduire vers une réalisation émancipatrice des individus ?

Nous arrivons fatigués, déconcentrés et avec un nouveau système hybride dont la genèse n’est à ce jour toujours pas identifiée. Quelle idée est passée par la tête du sélectionneur pour changer et proposer ce système ? Comme pour le retour permanent d’une énième réforme des retraites, le chemin à suivre est tortueux.

Nous nous retrouvons frustrés, agacés démoralisés par un sentiment d’une défaite amère.

Comme dans nos banlieues, les propositions et les plans se succèdent sans que le potentiel observé par l’ensemble ne puisse se transformer en une réussite accomplie et permettant l’apaisement.

La feinte de corps doit être réalisée avec souplesse, anticipation et détermination, sinon comme la France, c’est le coup d’arrêt assuré…

Mamadou Traoré
Éducateur

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